jeudi 29 mai 2014

On se voit à la messe demain matin?

Vous faites le chemin de St-Jacques? Facile d'entrer en contact à l'arrivée au Puy-en-Velay. Entre sac-à-dos l'échange est direct, chaleureux. Et de se raconter les étapes passées, les étapes futures et quand on se sépare la question fuse: on se voit à la messe demain matin?  C'est que tous les matins les pèlerins sur le départ montent à 7h jusqu'à la Cathédrale pour entendre une messe et se faire bénir. À ma voisine de lit dans le dortoir du gîte, je réponds que je ne suis guère croyant ce qui la décourage moins que les autres pèlerins qui l'avaient précédés dans la même interrogation.

 "Ah vous faites le chemin de St-Jacques pour sa beauté?" - "Oh non! Il y a de bien plus beaux chemins que celui-là" - "Par défi alors?" Et s'ensuit une longue conversation, en néerlandais, sur la démarche spirituelle ou encore culturelle du chemin de St-Jacques.

Quand le lendemain au petit déjeuner, je titille ma sympathique néerlandaise sur le fait qu'elle n'est pas allée à cette messe finalement, elle avoue s'être rendormie malgré l'alarme qu'elle avait mise et qui m'avait par contre bien éveillé. Et de reprendre de plus belle notre conversation de la veille. Et de lui dire que cette Eglise qui m'a rejetée moi homosexuel, je n'en veux plus, que sa parole liturgique m'horripile encore plus par son insipidité que la parole de bois des politiques. 

Pas démontée pour un sous, la brave dame m'explique qu'aux Pays-Bas le protestantisme est bien plus ouvert que la catholicisme ce que je concède. Quand je précise enfin que peu m'importe qu'il y ait un Dieu ou non quel qu'il soit, mais que je crois à la recherche d'harmonie avec le monde et que mes actes tentent d'être en accord avec cela, nous trouvons enfin notre terrain d'entente. C'est sans doute un peu court. Mais s'expliquer ainsi en néerlandais c'est déjà pas mal. 

Le petit déjeuner est fini. Il est temps de prendre la route. Pas besoin d'aller à la messe pour dialoguer.

Suite et peut-être pas fin

L'histoire n'est pas finie. Nous nous sommes retrouvés à Conques. Je ne risque pas de l'oublier...

BL 

mardi 27 mai 2014

Pourquoi prendre le chemin de St-Jacques de Compostelle?

La question je me la suis posée cent fois. Pourquoi s'échiner sur les routes de Compostelle alors qu'il existe de bien plus beaux chemins à parcourir, pourquoi épuiser le peu de jeunesse et d'énergie qui me restent à cette quête sans véritable objet? Je ne suis même pas croyant. Encore que... Et c'est bien là que le doute s'installe.

L'envie m'est venue il y a longtemps. Prendre le chemin et poser ses pas là où des millions d'âmes avant moi pendant des siècles ont marché, titillait ma fibre romantique. Le remord de n'avoir pas eu le courage de prendre la route à mes vingt ans, de n'avoir pas osé me perdre dans le mythe du routard sur les chemins de Katmandou ou d'ailleurs, même si j'en ai hébergé de nombreux, de n'avoir pas rejoint ces hippies qu'Edgar Morin décrivait avides de mer et de soleil au point de se jeter nus sur les côtes de Californie comme portés dans une quête de renaissance, ce remord je pouvais l'effacer en prenant le chemin de Saint-Jacques.

Et pourtant les années passèrent sans que je ne me décide.

Subitement il y a deux ans, la décision s'est imposée comme une évidence. Depuis trois ans je me traînais de radiothérapie en hormonothérapie, toujours plus fatigué au point de devoir suspendre le traitement, le dernier qui me donnait encore une chance sur deux de guérir. Paradoxalement cet échec me donnait le répit nécessaire pour reprendre des forces et l'envie de changer le cours de ma vie. Je me remis au sport, multipliai les occasions de marcher jusqu'à progressivement être prêt à prendre la route en me fixant des objectifs raisonnables. Plus question de partir de Bruxelles comme je l'avais toujours rêvé, exclu de faire le chemin d'une traite jusque Santiago de Compostela. Je démarrerai de Vézelay, basilique millénaire, prendrai à travers le Morvan la direction de Cluny, abbaye tout aussi millénaire, pour arriver cinq semaines plus tard et six cents kilomètres plus loin, au rythme de six jours marchés pour un jour reposé, au Puy-en-Velay. J'étais parti seul, nous avons fini à quatre. Cela aussi m'a conforté dans ma décision. Le soutien des amis qui sont venus me rejoindre m'a donné le surcroît de courage pour entamer ce pèlerinage.

Le mot est lâché, il s'agit bien d'un pèlerinage. Car le cancer lui n'en a rien eu à foutre, il a repris sa progression. Lentement mais avec détermination. Mais moi j'ai changé. Plus question de subir une maladie qui a décidé de s'incruster, de macérer dans une introspection mortifère, de m'étourdir dans un activisme militant pour ne pas penser à ce qui m'arrive. Désormais je vis ma vie, je la savoure, je
lui accorde tout l'intérêt qu'elle mérite et tente de lui faire respirer le bonheur. Demain je reprends le chemin au Puy-en-Velay là où je l'ai laissé il y a deux ans. C'est mon pèlerinage en quête de moi-même.

BL